Jacques Trocherie, riche de sa passion

Nous continuons nos portraits d’artisans du bois, avec celui de Jacques Trocherie, tourneur sur bois amateur ayant excellé lors des concours du chêne liège, avec son travail alliant technique et esthétisme.

« il n’y a pas de mauvais bois, il n’y a que des mauvaises utilisations » est véritablement le slogan de cet artisan, faisant feu de tout bois, avec passion.

« Je suis un ouvrier-artisan, j’aime le bois, sa diversité, tant ses qualités que ses défauts », il le travaille en amateur autodidacte depuis 50 ans, il a perpétuellement été dans une recherche de perfectionnement, tout en devenant un collectionneur de bois compulsif ! Le tournage sur bois est pour lui une discipline ouverte à une création sans limite.

« C’est une passion alimentée par une technique rigoureuse et de bon sens, que j’ai su peaufiner au grès des années et des rencontres avec des tourneurs amateurs et professionnels de renom »

En parallèle du tournage, Jacques est à l’origine d’une xylothèque sonore ressemblant à un xylophone géant, une vaste collection d’essences de bois du monde et de notre région, en jouant sur leur résonance.

«  elle permet de découvrir le bois sensoriellement par la vue, le toucher, l’odorat et l’ouïe » faisant le bonheur des petits et grands lors de ces expositions (notamment lors du Week-end du chêne-liège, au Domaine de Baudouvin). Une collection qu’il apprécie enrichir dès qu’il en a l’occasion.

Jacques Trocherie, sur la droite, en pleine explication.

Quand le tournage rencontre la musique, et vice versa

« C’est à partir du constat que tous les bois soumis à la percussion vibrent et émettent un son que j’ai conçu cette xylothèque sonore. Mon voyage dans le monde des arbres et de leur bois m’a permis, au fil du temps et des rencontres, de collecter et réunir des échantillons identifiés aboutissant à une xylothèque non exhaustive, présentée sous forme de lames.

Cet ensemble constitue un démonstrateur et référentiel d’identification et de reconnaissance d’essences communes et rares. Contrairement à un xylophone où les lames ont des dimensions différentes et sont ajustées à une note précise, les lames de bois sec présentées ici sont identiques dans les 3 dimensions. Elles sont montées sur des supports particuliers permettant une vibration libre tout en étant maintenues à leur point nodal.

Lorsqu’elles sont soumises à la percussion à l’aide des mailloches, leurs bois vibrent et chantent. Chacune produit une « note brute et sauvage » particulièrement surprenante et intéressante. »

Au-delà de sa xylothèque sonore, des heures de travail ont accouchés d’un fabuleux tambourin (en bois de chêne-liège), qui va faire parler. Notamment par sa résonance quasi mystique, par sa technicité, et son esthétisme ; bien plus qu’un instrument de musique, c’est une pièce d’art de toute beauté, qui va être récompensé par le Premier prix catégorie tournage du Concours 2018, lors de l’événement à la Villa Noailles.  

« Le concept est inspiré des tambourins de chamane, mais ici seul le bois est utilisé. J’en suis le concepteur et le fabriquant. C’est la continuité naturelle de la xylothèque sonore.« 

Ces tambourins d’un concept « tout bois » sont conçus en alliant les techniques de tournage sur bois traditionnel et celles de la lutherie guitare.

« Chaque face répond bien à la percussion, qu’elle soit purement manuelle, ou bien à l’aide des mailloches feutre ou de caoutchouc noir. »

A la suite de ce succès d’autres grands tambourins a été conçus en tilleul, noyer… afin de découvrir leurs qualités acoustiques particulières. Il a d’ailleurs déposé le modèle à l’Institut National de la Propriété Industrielle, et continue à travailler avec le milieu de la musique.

Le chêne-liège, une essence qui a la réputation d’être difficile à travailler, sauf pour Jacques « Ressemblant un peu au chêne vert, je le trouve plutôt facile à travailler, très beau avec des mailles fabuleuses, il accepte de belles finitions, très diversifié, le plus difficile est la sélection des meilleures grumes, d’un arbre à l’autre le bois diffère énormément, il faut le prendre avec ses qualités et ses défauts ».

Un besoin de transmission

Aimant allier la dimension bois et liège, c’est avec émotion et « excitation » qu’il crée, imagine, invente, se renouvelle.

 « La technique va vers l’émotion », en juste récompense les yeux du public devant son stand, en espérant susciter une certaine vocation chez les plus jeunes pour perpétrer le tournage créatif et le gout du travail du bois.   

«C’est un plaisir de voir les enfants émerveillés, ils posent souvent des questions très pertinentes, et c’est tout autant un plaisir d’échanger avec mes pairs, lors des événements notamment. On peut éveiller des vocations, et les expositions sont très importantes en ce sens. »

Un vase tourné dans de l’isolant de liège, Jacques Trocherie (tournage)
Le sac de Madame Suber.


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