Compte-rendu essais chaux-liège

Nous vous en avions parlé en octobre : http://www.cheneliege.fr/partage-dexperience-autour-de-la-formulation-denduit-isolant-chaux-liege/, retour sur les essais chaux-liège mené par l’association Permabita.

Les essais de formulation d’enduits chaux-liège réalisé le 30 octobres à Carnoules ont été menés en partenariat avec :

L’objectif de la rencontre était de tester et formuler un enduit correcteur thermique (conductivité visée de l’ordre de 1 W/m/K) extérieur à base de chaux et de liège pour un bâti ancien (résistance thermique visée de l’ordre de 1 m².K/W, soit environ le double du mur massif existant, avec une couche d’une dizaine de centimètres).

L’intérêt de l’application d’un tel enduit en extérieur est :

de profiter d’un ravalement de façade (nécessaire pour assainir les murs après application) pour apporter une performance thermique à l’occasion du ré-enduisage sans modifier fondamentalement l’aspect extérieur :

  • de réduire les besoins de chauffage ;
  • de réduire sensiblement la sensation de paroi froide ;
  • de traiter et limiter la majorité des ponts thermiques ;
  • d’augmenter l’inertie interne mobilisable sur le long terme en favorisant l’accès à la masse thermiques des murs extérieurs ;
  • de limiter fortement les risques de pathologie dû à la condensation d’eau à l’interface mur existant-isolant en cas d’isolation intérieure complémentaire ; de limiter la perte d’inertie interne en cas d’isolation intérieure complémentaire. En revanche, la mise en œuvre d’un isolant à l’extérieur est plus délicate qu’en intérieur car :
    – les matériaux sont soumis aux conditions extérieures (écarts de température, intempérie, soleil, etc.)
    – la mise en œuvre nécessite plus de technicité (travail en hauteur, etc.)
    – une attention doit être apportée à son accroche étant donné les hauteurs potentiellement mises en jeu ;
    – des détails techniques doivent être traités (liaison avec la toiture, les menuiseries, le sol, etc.)


Le choix des matériaux doit donc intégrer ces contraintes.

La ressource liège est limitée géographiquement et désormais peu exploité, mais plusieurs acteurs œuvrent à la relance de ce secteur. Par ailleurs, l’évolution climatique et les incendies à répétition menacent certains peuplements (pour plus d’informations sur la sylviculture du liège : http://fransylva-paca.fr/wp/le-chene-liege-et-les-suberaies/)

Le liège est donc une ressource sensible et limitée (la filière bouchons de récupération pourrait représenter une ressource alternative intéressante). Son usage doit donc être parcimonieux, en privilégiant les utilisations pour lequel il est le plus pertinent.

En l’occurrence, le liège présente plusieurs avantages pour une application en extérieur car il est :
– stable dimensionnellement (par rapport aux variations d’humidité et de température) ;
– et insensible à l’humidité.
Il est donc particulièrement intéressant en contact avec le sol (dalle basse, soubassements, etc.) d’autant qu’il représente la seule solution bio-sourcée adaptée à cet usage (il n’est toutefois pas recommandé pour un contact direct avec le sol sans protection, tel qu’enrobé avec de la chaux, à cause de risque de dégradation, par les fourmis notamment).

Son utilisation en enduit hors des zones les plus humides pourrait se justifier par son pouvoir isolant supérieur aux autres granulats végétaux couramment utilisés (chènevotte notamment), mais cet aspect ne joue pas un rôle primordial dans un enduit à cause de la présence du liant (la chaux). De plus, les propriétés de surface du liège impose de charger plus l’enduit en liant qu’avec le chanvre par exemple, ce qui contrebalance certainement le gain lié à la performance thermique supérieure du granulat liège. Son usage généralisé en dehors des zones humides n’est donc pas conseillé.

En isolation par l’extérieur, le mélange chaux-liège peut être mis en œuvre de différentes manières :
– en enduit, projeté manuellement
– en enduit, projeté mécaniquement
– banché avec un coffrage amovible
– banché avec un coffrage perdu (de préférence avec un isolant rigide support d’enduit)

Globalement, pour garantir une bonne tenue mécanique, les premières techniques de mise en œuvre nécessitent un taux de liant plus important que les dernières. La densité est plus importante, et donc la capacité isolante plus faible, pour les premières techniques de mise en œuvre que pour les dernières.

Une ossature est nécessaire en cas de coffrage (entraxe d’environ 40 cm) mais également en cas de forte épaisseur d’enduit (ou alternativement des accroches métalliques).

La faisabilité de la projection mécanique n’est pas garanti, notamment en cas de mélange en sortie de buse car l’enrobage des granulats de liège n’est pas aisé. Ce procédé n’a pas pu être testé dans le cadre des essais réalisés lors de ce partage d’expérience mais le sera probablement ultérieurement.

L’utilisation du liant plâtre peut s’avérer très intéressant, grâce à son fort pouvoir collant, mais seulement en intérieur à cause de sa plus faible résistance aux intempéries extérieurs et à sa perméance plus faible. Cette mise en œuvre offre par ailleurs un meilleur bilan carbone (processus de fabrication du plâtre nécessitant une température plus faible que la chaux) et ne nécessite pas l’ajout de sable (ressource limitée et tendue).

L’ajout de sable est nécessaire dans la formulation d’enduit chaux-liège pour une bonne tenue mécanique et limiter la fissuration. Le sable doit avoir une granulométrie répartie de sorte à bien remplir les vides (trop de fine génère des fissurations – il convient donc d’être vigilant lors de l’utilisation de sable de site, en plus du phénomène de foisonnement généré par l’humidité).

Pour les essais, une chaux aérienne FLH 3,5 contenant de la pouzzolane pour favoriser la prise, formulée par Lisbonis Chaux Grasse, a été utilisée de sorte à améliorer l’accroche par rapport à une chaux hydraulique équivalente (caractère essentiel avec l’utilisation du granulat liège). La présence de cette pouzzolane pourrait supprimer le besoin de sable (mais cela n’a pas été testé).

Le liège utilisé provient de l’entreprise Junqué ; les deux granulométries « gros » et « petit » ont été utilisées en quantité équivalente dans les mélanges (cette dernière taille de grains a été particulièrement appréciées car non disponible dans les magasins de matériaux courant). Les mélanges ont été effectués à sec, l’eau a été ajoutée dans un second temps jusqu’à obtention de la bonne consistance (trop d’eau referait apparaître l’aspect de surface du liège par lavage).

Les formulations suivant ont été testées :
1) 1 vol de chaux pour 1/2 vol de sable pour 1 vol de granulats de liège ;
2) 1 vol de chaux pour 1/2 vol de sable pour 2 vol de granulats de liège ;
3) 1 vol de chaux pour 1/2 vol de sable pour 3 vol de granulats de liège.

A partir de la 3ème formulation, l’accroche n’était plus suffisante : les gros grains de liège rebondissaient. La 2ème formulation était toute à fait convenable et ne pourrait probablement pas être satisfaisante avec une chaux hydraulique classique. Il semblait intéressant de viser 2,5 volumes de liège pour 1 volume de chaux.

Des essais d’enduits de finition avec de la sciure de liège provenant de l’entreprise Junqué ont été testé à proportion de 4 volumes pour 1 volume de chaux. Malgré un comportement spongieux du mélange avant application, les résultats obtenus ont motivé le souhait de poursuivre d’autres essais ultérieurement.

Ce partage d’expérience a permis d’éprouver une technique de mise en œuvre pertinente pour le matériau liège. Des essais complémentaires seront réalisés prochainement. Nous nous tenons à disposition de toute personnes souhaitant en savoir plus sur la mise en œuvre d’enduit chaux-liège (par mail => loic.frayssinet@live.fr).



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